Agence Régionale du patrimoine Provence-Alpes-Côte d’Azur
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Étude nationale des retombées économiques et sociales du patrimoine

Avant-propos : Un chantier prometteur

dimanche 30 mars 2008, par Pascal Guillermin

Beaucoup de lecteurs seront surpris en prenant connaissance de cette étude. Le patrimoine bâti est encore trop souvent perçu comme une charge, que des sociétés riches peuvent à la rigueur assumer par supplément d’âmes ou par prestige, mais coûteuse et sans valeur économique. À partir de cette idée reçue, la tentation est grande de tailler dans un budget considéré comme un luxe inutile dans ces périodes d’extrêmes difficultés, où il faut éliminer les dépenses superflues. Or Hervé Passamar et son équipe démontrent exactement le contraire : loin de coûter, le patrimoine protégé est une source importante d’emplois et de revenus. Il en avait fait en 2005 une première fois la démonstration pour notre région Provence-Alpes-Côtes d’Azur. C’était une des missions de l’Agence Régionale du Patrimoine créée à l’initiative commune de la Drac et de la Région Paca. Grâce à la commande du ministère de la Culture et de la Communication et de sa direction de l’Architecture et du Patrimoine, l’étude a été élargie à l’ensemble de la France avec des résultats encore plus significatifs.

Est-ce tellement surprenant si l’on en juge par le succès des journées du patrimoine, succès qui ne se dément pas depuis plusieurs années. Ce qui fait la force de ce mouvement, c’est qu’il n’obéit pas à un effet de mode, mais qu’il s’enracine dans une mutation profonde et durable des sensibilités. Cette mutation est déjà ancienne ; elle débute dès le dix-huitième siècle avec le « Grand tour » des aristocrates anglais, allant découvrir les monuments italiens de l’Antiquité ou de la Renaissance, c’est l’origine même du tourisme et du mot lui-même. Le goût romantique des ruines développe cette curiosité dont l’écrivain Mérimée, premier inspecteur des Monuments historiques est la meilleure expression. Mais le phénomène se limite alors à une petite élite socioculturelle. Ce n’est qu’à la fin du siècle dernier, qu’il prend de l’ampleur et touche un public beaucoup plus large, en rapport avec ce que Pierre Nora a appelé « le règne de la mémoire généralisée ». En France on peut précisément dater le début de cette attirance avec l’écho et le succès imprévus de l’année consacrée au patrimoine en 1980. On ne sera pas grand prophète en prévoyant la persistance pour ne pas dire le progrès de l’attrait pour le patrimoine bâti. Au temps de la mondialisation qui donne le sentiment de l’uniformité et entraîne une perte des repères, la contemplation de témoins d’un passé plus ou moins lointain rassure et paraît une compensation à un avenir incertain. Il existe aujourd’hui de multiples formes de cette nostalgie d’anciens temps disparus. Mais les monuments inscrits dans des paysages contemporains ont une puissance d’évocation sans commune mesure et suscitent le rêve et l’imagination, l’un des attraits les plus puissants de ce tourisme patrimonial. À partir de là, nous comprenons mieux les fortes retombées économiques.

Ajoutons que cette activité ne peut pas être délocalisée et donc résiste à la logique de la mondialisation !

C’est dire que cette recherche ouvre un vaste chantier qu’il faut poursuivre activement comme le souligne la conclusion. Chantier qui n’est pas seulement théorique, mais très pratique et porteur de dynamisme économique et je n’hésite pas à dire d’espérance dans ces sombres temps de crise.

L’Agence Régionale du Patrimoine ne peut donc qu’être fière d’avoir initié cette entreprise. Nous devons remercier ceux qui l’ont rendu possible et ceux qui l’ont réalisée, Hervé Passamar et l’équipe qui l’entoure.


Philippe Joutard
Président de l’Agence Régionale du Patrimoine Paca

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